Juin 2010

Résumés des articles parus dans Médecine et Maladies Infectieuses - Juin 2010 Volume 40, Issue 6, Pages 307-369.

Ce numéro de MMI dans EM-Consulte ou dans Science Direct
Revue générale
Immunosénescence et infections, mythe ou réalité ?
E. Crétel, I. Veen, A. Pierres, P. Bongrand, G. Gavazzi
Article EM-consulte - article Science Direct
La susceptibilité infectieuse du sujet âgé est généralement associée à une majoration des facteurs de risque retrouvés chez l’adulte jeune. Cependant, se discute aussi le rôle du vieillissement immunologique et, s’il est certes associé à un déclin des fonctions immunitaires, ce déclin n’est pas homogène, certaines fonctions étant altérées comme l’immunité cellulaire alors que d’autres paraissent augmentées comme l’immunité innée. Les faits les plus marquants du vieillissement immunitaire sont des modifications des populations lymphocytaires avec accumulation de lymphocytes mémoire, une baisse des réponses prolifératives et la présence d’un état inflammatoire chronique. La charge antigénique chronique tout au long de la vie est à l’origine de trous dans le répertoire antigénique induisant une plus grande susceptibilité aux nouveaux antigènes. Les modifications du système immunitaire sont d’autant plus importantes que les pathologies sont évoluées et/ou qu’existe une dénutrition associée. Ces pathologies vont à leur tout accélérer le processus de vieillissement. L’intrication entre immunosénescence et pathologie est un phénomène important à prendre en considération. Cette revue fait le point sur les changements du système immunitaire avec l’âge, leur intrication avec les pathologies du sujet âgé et l’impact de ces modifications sur l’efficacité des vaccinations.
Bartonella henselae, un agent d’infections ubiquitaires
S. Edouard, D. Raoult
 Article EM-consulte - article Science Direct
Bartonella henselae est l’agent de la maladie des griffes du chat, infection humaine bénigne se manifestant le plus souvent par une adénopathie régionale persistante. C’est une zoonose dont la transmission à l’homme se fait principalement par griffures et/ou morsures de félins. Les chatons sont en effet le principal réservoir de la bactérie d’où une répartition ubiquitaire de la maladie. L’expression de la pathogénécité bactérienne est dépendante du statut immunitaire des sujets infectés. L’angiomatose bacillaire et la péliose hépatique sont les manifestations cliniques les plus fréquentes chez les immunodéprimés. B. henselae est, de plus, responsable d’endocardites chez les sujets porteurs de valvulopathie et peut être à l’origine de formes cliniques diverses telles que des bactériémies, rétinites, troubles musculosquelettiques, atteintes viscérales, méningoencéphalites, myocardites. On dispose actuellement de nombreux outils diagnostiques dont l’utilisation est à combiner et à adapter à chaque situation clinique. B. henselae est une bactérie difficile à cultiver, le diagnostic repose donc principalement sur la biologie moléculaire et la sérologie. Les formes bénignes de la maladie des griffes du chat ne nécessitent aucun traitement. Pour les autres manifestations, celui-ci sera fonction de chaque tableau clinique.
Cas clinique Mystère-Question
Cervicalgies aiguës, hyperintenses et fébriles
T. Weitten, R. Mourot, J. Durckel, X. Buy, E. Andrès
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Articles originaux
Automédication par les antibiotiques provenant des pharmacies privées de la ville d’Abidjan en Côte d’Ivoire
A. Hounsa, L. Kouadio, P. De Mol
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 L’automédication antibiotique se pose avec gravité dans les pays en développement où ces médicaments sont facilement disponibles souvent sans ordonnance médicale.

Objectifs

Estimer et décrire l’automédication antibiotique de même qu’identifier les facteurs et les perceptions du public associés à cette automédication.

Patients et méthodes

Dix-huit pharmacies privées ont été aléatoirement sélectionnées à Abidjan. Les données ont été recueillies à l’aide de questionnaires structurés et de guides d’observation. Des focus groups ont été également réalisées avec le public fréquentant les pharmacies privées et le personnel de ces pharmacies.

Résultats

Mille cent vingt-trois achats d’antibiotiques ont été observés dont 242 achats réalisés en automédication (21,5 %). Sur 1765 personnes interviewés, 1054 (59,7 %) ont obtenu des antibiotiques pour une automédication dans les 12 mois précédant notre étude. Le personnel des pharmacies a délivré les antibiotiques aux clients en fournissant très rarement des informations sur la posologie, la prise en fonction des repas et la durée du traitement. La régression logistique a indiqué que la probabilité de pratiquer l’automédication antibiotique augmente avec l’âge, le niveau scolaire et l’achat d’antibiotiques au marché. Au contraire, cette probabilité diminue avec l’adhésion à une assurance maladie, la connaissance des risques liés à la pratique de l’automédication et la capacité à définir la résistance bactérienne.

Conclusions

Cette étude constitue la première conduite en Côte d’Ivoire analysant les facteurs impliqués dans l’automédication antibiotique. Elle souligne la nécessité d’implanter des interventions durables pour le contrôle de l’utilisation des antibiotiques.

Défaut de couverture vaccinale pneumococcique chez l’adulte à risque
K. Risso, A. Naqvi, S. Pillet, A. Leplatois, C. Pulcini
Article EM-consulte - article Science Direct

Objectif

Évaluer la couverture vaccinale pneumococcique chez les adultes hospitalisés.

Patients et méthodes

Étude prospective dans deux services de médecine au CHU de Nice du 31 décembre 2007 au 12 février 2008.

Résultats

Cent trente-sept patients, âgés de 62 ± 20 ans en moyenne ont été inclus. Selon les données du calendrier vaccinal, la vaccination antipneumococcique était indiquée chez 62 patients (45 %). Cinquante-trois patients (85 %) n’étaient pas à jour pour les raisons suivantes : vaccination jamais proposée par un médecin (36 cas), pas de suivi médical (neuf cas), refus du patient (deux cas), refus du médecin (un cas), autre (cinq cas). Parmi ces 53 patients non à jour, sept ont été vaccinés durant leur hospitalisation et 13 ont reçu un conseil de vaccination.

Conclusions

Notre étude souligne un défaut de couverture vaccinale pneumococcique, majoritairement dû à un manque d’incitation à la vaccination antipneumococcique en ville et à l’hôpital.

Antigènuries pneumocoque ou Legionella et antibiothérapie à spectre restreint au cours des pneumonies aiguës communautaires
P.-M. Roger, K. Risso, H. Hyvernat, L. Landraud, M. Vassallo, J. Dellamonica, F. de Salvador, É. Cua, G. Bernardin
Article EM-consulte - article Science Direct

Objectif

Nous réalisons les antigènuries pneumocoque et Legionella devant une pneumonie aiguë communautaire (PAC), afin d’instituer une antibiothérapie documentée. L’efficacité d’une antibiothérapie à spectre restreint illustrerait l’absence de pertinence des analyses microbiologiques des produits respiratoires.

Patients et méthode

Les patients hospitalisés pour PAC étaient répertoriés par les tableaux de bord de trois services participants, le score de Fine appréciant leur gravité. L’ensemble des prélèvements respiratoires étaient listés. Les antibiothérapies à spectre restreint étaient l’amoxicilline pour les infections à pneumocoque, et les macrolides ou les fluoroquinolones inactives sur le pneumocoque pour les légionelloses.

Résultats

Durant la période considérée, 675 PAC étaient hospitalisées, 150 présentant une antigènurie positive (23 %), dont 108 infections à pneumocoque (73 %), 40 légionelloses (26 %) et deux infections mixtes. Le score de Fine était de 106 ± 38. L’amoxicilline était utilisée 108 fois, une quinolone 24 fois, un macrolide 18 fois. L’évolution était favorable chez 138 patients (92 %). Quatre-vingt trois prélèvements respiratoires isolaient une bactérie chez 58 patients (39 %), dont 24 espèces non couvertes par l’antibiothérapie : Haemophilus influenzae six fois, Pseudmomonas aeruginosa six fois, Staphylococcus aureus cinq fois, Klebsiella pneumoniae deux fois et un autre bacille à Gram négatif cinq fois. Ces souches étaient résistantes in vitro à l’antibiothérapie dans 19 cas sur 24 (79 %). Un patient décédé sur 12 avait une souche d’Enterobacter résistante à l’antibiothérapie prescrite.

Conclusion

L’antibiothérapie à spectre restreint basée sur les antigènuries donne des résultats satisfaisants et met en évidence la colonisation respiratoire par des bactéries usuellement considérées comme pathogènes.


Référents en anti-infectieux
Impact d’un guide régional pour la prise en charge des infections urinaires sur les pratiques d’antibiothérapies
O. Ruyer, C. Slekovec, X. Bertrand, J.-P. Faller, B. Hoen, D. Talon, J. Leroy
Article EM-consulte - article Science Direct

Objectif et méthode

L’impact de la diffusion à la fin du premier trimestre 2008 d’un guide « engagé » pour la prise en charge des infections urinaires, a été mesuré à travers les variations des prescriptions mises en remboursement auprès des caisses d’assurance maladie de Franche-Comté. Les antibiotiques étudiés étaient : les fluoroquinolones (FQ), la fosfomycine et la nitrofurantoine.

Résultat

Les données ont été recueillies du troisième trimestre 2007 au premier trimestre 2009. Une diminution moyenne des prescriptions de norfloxacine de 13,2 % a été observée entre le premier trimestre 2008 et le premier trimestre 2009. Le rapport (fosfomycine + nitrofurantoine)/norfloxacine durant la période d’étude pour les prescriptions des médecins libéraux est passé de 0,55 au troisième trimestre 2007 à 0,72 au premier trimestre 2009 et pour les médecins hospitaliers de 0,82 à 1,13. Le nombre global de patients traités par ces trois molécules est resté stable pendant la période. Le volume des prescriptions de FQ est resté stable entre le premier trimestre 2008 (28 427 DDJ) et le premier trimestre 2009 (28 363 DDJ), alors que la prescription des formes monodoses est passée de 151 DDJ à 427,5 DDJ sur la même période.

Discussion

Les trois messages qui nous paraissaient essentiels pour un bon usage des FQ dans les infections urinaires étaient : pas de traitement des colonisations bactériennes (bactériuries asymptomatiques) en dehors de cas particuliers ; pas d’indications des FQ dans la cystite aiguë non compliquée  et chez la femme âgée, l’infection urinaire n’est compliquée que si elle survient chez une femme présentant des co-morbidités et non pas sur le seul argument de l’âge.

Conclusion

Nos indicateurs de suivi suggèrent que notre guide a eu un effet sur la place attribuée aux FQ dans le traitement de la cystite aiguë non compliquée.

Cas clinique
PCR rDNA 16S dans le diagnostic étiologique des endocardites infectieuses à hémocultures négatives
G. Baty, P. Lanotte, L. Hocqueloux, T. Prazuck, L. Bret, M. Romano, L. Mereghetti
Article EM-consulte - article Science Direct
Nous rapportons le cas d’un homme de 55 ans souffrant d’une double endocardite aortique et mitrale, pour lequel la culture des valves réséquées s’avérait négative. Du fait d’une sérologie Bartonella henselae très positive, une PCR spécifique était réalisée sur une des valves, sans succès. Une approche moléculaire plus large par PCR rDNA 16S, dite PCR « universelle », était alors tentée, suivie d’un séquençage. Bartonella quintana était finalement identifiée comme responsable du tableau clinique. Le genre Bartonella, même s’il est de mise en évidence difficile au laboratoire, est régulièrement décrit dans la littérature comme une cause des endocardites infectieuses à hémocultures négatives (EIHN). Les techniques de biologie moléculaire ont fortement contribué à améliorer le diagnostic d’EIHN : nous faisons ici une revue de la littérature focalisée sur l’apport de la PCR rDNA 16S réalisée sur valve réséquée.
Cas clinique mystère-Réponse
Cervicalgies aiguës, hyperintenses et fébriles. Syndrome de la dent couronnée, une arthrite microcristalline monofocale parfois doublement trompeuse
T. Weitten, R. Mourot, J. Durckel, X. Buy, E. Andrès
Article EM-consulte - article Science Direct
Les arthrites microcristallines sont de localisation et de présentation parfois atypiques. Le syndrome de la dent couronnée, lié à des dépôts d’hydroxyapatite ou de pyrophosphate de calcium dans l’articulation péri-odontoïdienne de l’atlas, peut être responsable de cervicalgies aiguës ou chroniques mimant une spondylodiscite ou de tableaux beaucoup plus trompeurs comme une méningite ou une fièvre d’origine inexpliquée. À travers ce cas très sévère puisque nécessitant le recours en urgence à la chirurgie et une revue de la littérature, nous voudrions alerter les cliniciens pour ne pas sous-diagnostiquer ce syndrome mais aussi paradoxalement ne pas le diagnostiquer par excès. En effet, autant les calcifications pouvant être discrètes, autant elles peuvent aussi constituer un incidentalome entravant une démarche diagnostique complète.
Lettres à la rédaction
Pneumopathie à Neisseria meningitidis W135
S. Seiberras, S. Fourmaux
Article EM-consulte - article Science Direct
Endocardite infectieuse compliquant une infection à Neisseria gonorrhoeae
F. Faibis, M. Tlili, P. Dervanian, Q. Mahmoudi, A. Fiacre, J.-F. Lefort, M.-C. Demachy
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