
Les maladies infectieuses restent omniprésentes et la plupart des spécialités médicales ou chirurgicales y sont confrontées quotidiennement. Les pathologies changent avec émergence ou réémergence régulière de nouveaux agents infectieux. Les infections, que certains assimilaient naguère à une survivance du Moyen-Age en voie de disparition, ont montré leurs extraordinaires capacités d’adaptation. De nombreux microbes tirent profit des profondes modifications sociales, technologiques, écologiques ou de la rapidité des échanges planétaires. La tuberculose qui progresse dans le monde en est un exemple. L’amélioration de l’hygiène, de l’alimentation, de l’habitat, les vaccins et les antibiotiques ont permis des progrès considérables mais montrent actuellement leurs limites. Les progrès de la médecine dans la prise en charge de maladies graves comme le cancer ou les maladies auto-immunes augmentent de façon importante dans la population le nombre de personnes immunodéprimées par les traitements. Ces personnes deviennent réceptives à des agents infectieux habituellement non pathogènes et décèdent souvent de complications infectieuses. Dans nos hôpitaux, la proportion croissante de personnes âgées, de plus en plus souvent porteuses de matériel prothétique, favorise les infections. L’expérience des pays industrialisés montre que si le renforcement de l’hygiène peut faire baisser la proportion d’infections nosocomiales, la fragilité actuelle de nombreux patients hospitalisés ne permet pas d’éliminer ce risque majeur. La fragilité aux infections des malades hospitalisés est accentuée par une fréquente dénutrition, largement sous-estimée. Grâce à l’évolution rapide des connaissances, la prise en charge des infections est en permanence renouvelée. Les techniques diagnostiques évoluent. On assiste à une diversification des médicaments anti-infectieux (antibiotiques mais aussi antiviraux, antifongiques et antiparasitaires) et des vaccins. Mais les agents infectieux s’adaptent à ces différentes armes thérapeutiques. L’augmentation préoccupante de la résistance des bactéries aux antibiotiques dans nos hôpitaux, mais aussi en ville, en est une illustration. Lutter contre la résistance bactérienne, mais aussi virale ou parasitaire est devenu un enjeu international. Le risque infectieux peut devenir planétaire comme avec les pandémies de SIDA, de SRAS ou actuellement la menace de grippe aviaire.
Deux moments charnière ont bouleversé l’évolution de la spécialité, avec la fin d’une illusion en 1981 correspondant à l’explosion de l’épidémie de SIDA, puis dans le début des années 2000 avec la perception de notre vulnérabilité devant les infections nosocomiales, les infections multirésistantes, incluant la tuberculose et les infections émergentes comme le SRAS. Dans les années 1980, les services d’infectiologie se sont tournés vers la prise en charge de l’infection à VIH. Parallèlement, les autorités sanitaires ont développé la prévention (Centres de dépistage). La sécurité sanitaire a été créée avec la mise en place des Agences de sécurité sanitaire. Aujourd’hui ces nouveaux enjeux incitent à repenser le rôle de l’infectiologie au sein du système de lutte contre les infections. Les missions sont multiples :
- rôle d’alerte, de veille et de surveillance épidémiologique en liaison avec l’Institut de Veille Sanitaire et la Direction Générale de la Santé
- contrôle des maladies hautement contagieuses par la création, devenue urgente, de structures d’isolement
- comblement du fossé entre la prévention et le traitement (prévention vaccinale, conseils sur l’hygiène ou les comportements, médecine des voyages)
- implication dans la prévention et l’éducation du public, avec préparation au risque infectieux et diffusion de la culture du bénéfice-risque, en particulier dans le domaine des antibiotiques et des vaccins
- diffusion du bon usage des anti-infectieux en liaison avec l’Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé (AFSSAPS) avec notamment développement de l’expertise et du conseil de prescription dans les établissements de soins pour préserver l’efficacité des anti-infectieux et formation spécifique des médecins généralistes à une optimisation de l’utilisation des antibiotiques en ville
- traitement des infections complexes ou sévères
- maîtrise des médicaments coûteux
- participation au réseau de Défense (programme Biotox)
- collaborations internationales sur l’épidémiologie, la prévention ou la prise en charge des infections, notamment dans les pays en voie de développement
L’infectiologie est ainsi une discipline aux confins des soins et de la santé publique.
Dans les années 1970, il existait 2 services de Maladies infectieuses en Ile de France. Il existe actuellement dans la région parisienne 11 services de Maladies Infectieuses et Tropicales à l’AP-HP, un service dans un Centre d’Instruction des Armées et 4 services dans des hôpitaux généraux. Depuis quelques années, des spécialistes de la discipline obtiennent des postes de Praticien hospitalier en infectiologie dans des hôpitaux de l’AP-HP ou des hôpitaux généraux. La Pathologie infectieuse et tropicale est une spécialité médicale complémentaire (DESC) ne correspondant pas forcément à un exercice exclusif de l’infectiologie mais à une reconnaissance de compétences professionnelles. Ainsi, de nombreux jeunes médecins validant une spécialité (DES), incluant le nouveau DES de Médecine générale, souhaitent une formation complémentaire par l’acquisition de ce DESC leur permettant d’exercer leur spécialité de base tout en étant reconnus comme spécialistes en infectiologie. Ce profil de médecins est de plus en plus recherché par les hôpitaux publics universitaires ou généraux ou les hôpitaux privés car ils peuvent à la fois prendre en charge une unité d’hospitalisation correspondant à leur spécialité de base et/ou à l’infectiologie et exercer une activité transversale d’infectiologie et de conseil en prescription d’anti-infectieux. L’infectiologue devient ainsi un partenaire clé travaillant en réseau avec les collègues de médecine interne ou des autres spécialités médicales et chirurgicales. Les problèmes infectieux sont souvent au premier plan dans les unités de réanimation et celles prenant en charge des immuno-déprimés. L’infectiologue est souvent un des intermédiaires privilégiés entre les médecins des services cliniques, le microbiologiste, l’hygiéniste et le pharmacien. La discipline s’ouvre naturellement à l’extérieur de l’établissement vers les collègues libéraux de plus en plus demandeurs de formations, d’avis spécialisés et de disponibilité d’un référent en infectiologie dans leurs réseaux de soins.
L’infectiologie associe la culture du soin à celle de la prévention individuelle et collective. Elle fait face à des maladies souvent transmissibles dont l’évolution épidémiologique est parfois imprévisible. La discipline se doit d’être toujours réactive, ce qui en fait son attractivité. L’infectiologie représente une discipline en croissance qui s’exerce de plus en plus comme une activité transversale aux confins de nombreuses disciplines.